Audit environnemental, déchets, environnement et santé
Les déchets, catégories de déchets
On distingue 3 classes de déchets :
– les déchets dangereux présentent un danger spécifique pour l’homme et l’environnement ;
– les déchets inertes ne peuvent à aucun moment altérer les fonctions du sol, de l’air, des eaux et ne peuvent apporter atteinte à l’environnement ou à la santé de l’homme ;
– les déchets non dangereux ne sont ni dangereux, ni inertes.

Parmi ces catégories, certains déchets font l’objet d’une réglementation spécifique. C’est le cas des déchets d’amiante, des déchets hospitaliers, des boues de dragage, des boues de station d’épuration, etc…

Les déchets dangereux peuvent sommairement être classifiés selon leur origine, leurs propriétés chimiques, leur composition. Parmi ces critères, bon nombre d’entre eux font référence aux risques potentiels liés à la santé de la personne qui manipule le produit ou le déchet ou à la santé d’autres personnes qui pourraient également être exposées.

Le processus de caractérisation des déchets permet de les cataloguer afin de faciliter le choix de la meilleure filière d’élimination.

Il semble évident toutefois qu’une mauvaise gestion des déchets peut avoir des impacts majeurs sur la santé des travailleurs et sur la santé publique … qu’il s’agisse d’un mauvais choix quant à la filière d’élimination ou une mauvaise gestion, peu respectueuse de l’environnement, du centre de traitement ou d’élimination.

Modes de traitement et élimination des déchets :
Une gestion moderne des déchets repose sur 4 axes qui sont, dans l’ordre des priorités :
– la prévention ou réduction des déchets produits à la source ;
– la récupération et le recyclage (valorisation matière) ;
– le traitement (valorisation énergétique) ;
– le stockage (mise en décharge).

Maîtriser la source de déchets implique le développement de produits générant moins de déchets ou des résidus plus facilement recyclables. Il suppose aussi un infléchissement des comportements des acteurs industriels et du public.

La récupération pour la valorisation est d’autant facilitée qu’est bien organisé un tri à la source permettant d’orienter les flux. D’un point de vue sanitaire, une mention spéciale doit être faite de la valorisation des déchets organiques par production de compost à partir de la partie organique des ordures ménagères triées par les ménages, à partir également des « déchets verts » (tontes des pelouses, feuilles, bois, …) ou encore de boues de stations d’épuration.

Compostage et environnement :
La matière organique brute est transformée par une flore et une faune surtout microscopiques. Cette transformation s’effectue soit :
> en phase aérobie (c’est-à-dire en présence d’oxygène), avec production de chaleur et de compost par un processus de dégradation qui libère du CO2 et de la vapeur d’eau ;
> en phase anaérobie (en l’absence d’oxygène), avec production de chaleur et de compost par un processus de digestion qui libère du méthane (méthanisation) revalorisé sous forme énergétique. Dans ces 2 situations, outre le risque microbiologique, la qualité chimique du compost produit dépend de la qualité du tri effectué en amont.

Les risques associés au compostage (risques chimiques et microbiologiques) dépendent de l’origine du déchet composté et des quantités de compost appliquées. Les populations exposées sont les travailleurs sur les sites, les utilisateurs de composts, les personnes en contact avec les sols amendés, les riverains et les consommateurs des dérivés alimentaires végétaux et animaux issus des sols amendés.

Les boues de station d’épuration concentrent les produits chimiques organiques (solvants de peintures, pesticides, détergents, hydrocarbures) ou inorganiques (métaux lourds) éliminés avec les eaux usées et les eaux de ruissellement des voiries urbaines. Des normes de qualité de ces boues ont été définies en fonction de leur destination finale… et sont particulièrement sévères dans le cadre de leur valorisation en agriculture afin d’éviter toute contamination de la chaîne alimentaire.

Les ouvriers du compostage chargés de la mise en place et du retournement des andains et de l’arrosage (souvent accompagné d’émission de vapeurs d’eau sous l’effet de la chaleur) sont fortement exposés aux microorganismes de contamination fécale car ils sont au contact des déchets avant leur hygiénisation. Ils sont exposés à un risque infectieux par les contact main-bouche ou par l’aérosolisation des déchets et composts.

Les déchets ménagers sont riches en microorganismes de toutes sortes (bactéries, virus, champignons, levures). Le stockage et la fermentation favorisent particulièrement le développement d’une flore bactérienne de type Gram, et de champignons de type aspergillus. Il est possible que certains microorganismes pathogènes (virus de l’hépatite B, entérovirus, bactéries pathogènes) persistent dans certains déchets.

Incinération et environnement :
L’incinération est une technique basée sur la décomposition thermique des déchets à haute température. Il existe diverses technologies d’incinération. La nature des déchets à traiter influence directement le choix des installations. En ce qui concerne l’efficacité de la combustion des déchets, la nature et la quantité des contaminants émis, si le choix de la technologie est important, les conditions d’opération sont également déterminantes. Divers dispositifs sont utilisés pour épurer les effluents gazeux et les cendres volantes, fortement polluants, évacués par les cheminées d’incinération.

Les émissions atmosphériques des incinérateurs sont composées à près de 99 % de CO2, de vapeur d’eau, d’azote et d’autres gaz inertes. Le reste des émissions est constitué de polluants et matières particulaires. Parmi les particules, se trouvent d’autres polluants à l’état de traces. La nature et les concentrations de ces polluants varient, comme nous venons de le préciser, en fonction des matières incinérées, des conditions de combustion et des systèmes d’épuration des gaz et des fumées. Il s’agit, entre autres, de composés organiques volatils (COV), d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de composés organochlorés (dont les dioxines et les furannes présentant un potentiel cancérogène et tératogène) et de métaux lourds. En ce qui concerne les dioxines et les furannes, leur propension à s’accumuler dans les tissus adipeux (la graisse) et leur persistance dans l’environnement rendent ces polluants particulièrement problématiques ! Parmi les métaux, le cadmium, l’arsenic, le chrome, le mercure et le plomb sont surveillés à cause de leur effet neurotoxique ou cancérogène. L’incinération est aussi source de gaz acides (souvent neutralisés dans les installations de traitement des fumées) et de particules fines reconnus pour leurs effets irritants sur les voies respiratoires. Ils sont également des agents contribuant aux précipitations acides. Quant aux COV, ils peuvent favoriser la formation de smog urbain et l’augmentation de l’ozone troposphérique (il s’agit d’un polluant qui irrite les voies respiratoires, à ne pas confondre avec l’ozone stratosphérique, également appelée «couche d’ozone», qui nous protège contre les UV du soleil). Les cendres volantes sont dispersées avec les effluents gazeux. Ces particules fines et légères sont captées, pour la majeure partie, par les systèmes d’épuration des fumées. Elles sont composées principalement d’oxydes et silicates de fer, de calcium, de magnésium et de sodium, de composés organiques phénoliques et benzéniques, dioxines et furannes, HAP et métaux lourds.

L’incinération a l’avantage de réduire considérablement le volume de déchets et peut constituer une source intéressante d’énergie. Cependant un incinérateur mal conçu ou mal géré peut être la source d’émissions atmosphériques préoccupantes d’un point de vue santé publique. Il est donc essentiel de réaliser, sur une base régulière, un suivi des émissions atmosphériques soit au travers d’analyse à l’émission (ce qui sort de la cheminée) ou à l’immission (ce que l’on retrouve dans le milieu naturel), soit au travers de plantes bio-indicatrices permettant de mettre en évidence le cumul des émissions sur une période beaucoup plus longue, soit au travers d’autres organismes bio-indicateurs permettant de mettre en évidence l’impact potentiel sur la santé.

Centres d’enfouissement techniques (CET ou décharges) et santé :
Avec l’action des microorganismes, les déchets se décomposent et produisent les biogaz qui contiennent principalement du CH4 (méthane), et qui peuvent être récupérés à des fins énergétiques au moyen d’un réseau de collecte approprié.

Le CH4 peut cependant s’infiltrer dans le sol et atteindre des lieux habités entraînant un risque potentiel d’explosion.

On note également dans le biogaz la présence de plusieurs dizaines de composés volatils toxiques ou cancérogènes qui appartiennent notamment au groupe des hydrocarbures aromatiques (dont le benzène, le toluène et le xylène) et des hydrocarbures halogénés (tels le chlorure de vinyle et le chloroforme). On y a également décelé des composés sulfurés (sulfure d’hydrogène (H2S) et mercaptans), des alcools, de l’acétone et des gaz explosifs comme le propane.

Par ailleurs, la masse de déchets engendre un liquide très polluant, le lixiviat (= résultat de l’infiltration des eaux de pluie au travers de la masse de déchets et des liquides produits par les déchets en décomposition), qui contient des substances toxiques, des métaux lourds (notamment, l’arsenic (As), le cadmium (Cd), le mercure (Hg) et le plomb (Pb)) et des composés organiques divers. Le lixiviat contient également de nombreuses bactéries, dont les entérobactéries, pouvant être pathogènes (Enterobacter, Salmonella, Shigella, Yersinia).

j. Froche

 

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