La connaissance de la qualité chimique des sols urbains devient un enjeu majeur pour l’aménagement du territoire, la gestion des sites et sols pollués, la valorisation des terres excavées et la protection sanitaire des populations. Dans ce contexte, la base de données BD SolU, développée par le BRGM avec différents partenaires, vise à mutualiser les analyses disponibles sur les sols urbains afin de produire des référentiels utiles aux collectivités, aménageurs, maîtres d’ouvrage et bureaux d’études.
BD SolU signifie Base de Données des analyses des Sols Urbains. Son objectif est de capitaliser les résultats d’analyses chimiques disponibles sur les sols urbains afin de mieux connaître les valeurs habituellement observées sur un territoire donné.
Pourquoi mieux connaître la qualité des sols urbains ?
Les villes sont amenées à se reconstruire sur elles-mêmes. Cette évolution répond à plusieurs objectifs : limiter l’artificialisation des sols, préserver les zones rurales, restaurer les friches urbaines et mieux organiser les usages du foncier existant. La logique de zéro artificialisation nette conduit à privilégier la réutilisation des espaces déjà urbanisés plutôt que l’extension continue des villes.
Cette évolution impose toutefois de mieux connaître les sols. Un terrain urbain peut avoir été influencé par d’anciennes activités industrielles, des remblais, des dépôts atmosphériques, du trafic routier, des pratiques anciennes ou des apports diffus liés aux activités humaines. La qualité chimique des sols urbains peut donc être plus complexe à interpréter que celle de sols ruraux ou naturels.
| Enjeu | Utilité d’une meilleure connaissance des sols urbains |
|---|---|
| Aménagement raisonné | Adapter les usages futurs à la qualité réelle des sols |
| Gestion des sites et sols pollués | Distinguer les teneurs habituelles d’un territoire des impacts liés à un site particulier |
| Valorisation des terres excavées | Identifier des sites receveurs compatibles avec les caractéristiques des terres |
| Protection sanitaire | Mieux anticiper les risques potentiels pour les habitants et usagers |
| Études d’impact et situations post-accidentelles | Disposer d’un état de référence permettant de comparer une situation avant et après événement |
Les limites des données actuellement disponibles
La qualité des sols est déjà suivie dans certains contextes, notamment en milieu rural. En revanche, les sols urbains restent souvent moins bien documentés. Or, ils peuvent présenter des caractéristiques particulières liées à l’histoire des villes, aux anciennes activités industrielles, aux remblais et aux dépôts atmosphériques.
Les données disponibles concernent souvent des substances métalliques comme le plomb, le cuivre, l’arsenic, le mercure ou le nickel. En revanche, les composés organiques persistants sont parfois moins bien documentés, alors qu’ils peuvent également constituer un enjeu environnemental et sanitaire.
En zone urbaine, la qualité chimique des sols dépend rarement d’un seul facteur. Elle peut résulter à la fois de la géologie, de l’histoire du site, de remblais, d’anciennes activités industrielles, du trafic, du chauffage urbain, des retombées atmosphériques et d’apports diffus plus anciens.
Le rôle de BD SolU
BD SolU a été conçue pour mutualiser les résultats d’analyses disponibles sur les sols urbains. L’objectif n’est pas seulement d’accumuler des données, mais de produire des référentiels permettant d’identifier les valeurs habituellement observées sur un territoire donné.
Ces référentiels peuvent ensuite aider les acteurs de l’aménagement et des sites et sols pollués à mieux interpréter les résultats d’un diagnostic, à qualifier une anomalie, à comparer un site avec son environnement urbain et à orienter les décisions de gestion.
| Objectif de BD SolU | Intérêt pratique |
|---|---|
| Capitaliser les données d’analyses de sols urbains | Éviter la dispersion des résultats et préserver la mémoire des données acquises |
| Produire des référentiels de valeurs habituelles | Disposer d’une base de comparaison pour les diagnostics de sites |
| Aider à la gestion des terres excavées | Favoriser la valorisation lorsque les terres sont compatibles avec un site receveur |
| Améliorer la connaissance territoriale | Aider les collectivités à orienter les usages des sols et les projets urbains |
| Préparer des restitutions cartographiques | Permettre à terme une lecture spatiale des fonds pédogéochimiques urbains |
Comprendre la notion de fond pédogéochimique
La notion de fond désigne la gamme de concentrations habituellement observées pour une substance dans un sol ou un sous-sol, à une profondeur donnée et sur un territoire donné. Cette notion est essentielle pour interpréter correctement les résultats d’analyses.
Dans un diagnostic de pollution des sols, une concentration mesurée ne doit pas être analysée isolément. Elle doit être comparée au contexte du site, à son environnement, aux usages et, lorsque cela est pertinent, aux valeurs habituellement observées sur le territoire.
| Notion | Définition simplifiée |
|---|---|
| Fond géochimique | Gamme de teneurs d’une substance dans le matériau parental ou le sous-sol |
| Fond géochimique naturel | Concentrations observées en l’absence d’apport extérieur lié aux activités humaines |
| Fond pédogéochimique | Gamme de teneurs observées dans le sol, notamment dans les horizons superficiels |
| Fond pédogéochimique anthropisé | Gamme de concentrations habituelles intégrant les apports diffus d’origine humaine, présents ou passés |
| Ligne de base | Valeur haute du fond, au-delà de laquelle une teneur peut révéler une anomalie |
Fond pédogéochimique et environnement local témoin : quelle différence ?
Dans la méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués, l’environnement local témoin correspond à une zone proche du site étudié, présentant une géologie et une pédologie comparables, et supposée ne pas avoir été influencée par les activités du site.
Il ne faut toutefois pas confondre cette notion avec un fond pédogéochimique territorial. L’environnement local témoin repose souvent sur quelques prélèvements ponctuels. Le fond pédogéochimique, lui, correspond à un référentiel statistique établi à partir d’un volume de données plus important sur un territoire.
| Comparaison | Environnement local témoin | Fond pédogéochimique |
|---|---|---|
| Échelle | Proximité immédiate du site étudié | Territoire plus large : ville, agglomération, région |
| Nature | Zone géographique de comparaison | Référentiel statistique de valeurs habituelles |
| Nombre de données | Souvent limité à quelques prélèvements | Construit à partir d’un volume de données plus important |
| Usage | Comparer un site à son voisinage immédiat | Situer les résultats dans le contexte chimique habituel du territoire |
Quelles données peuvent alimenter BD SolU ?
BD SolU peut intégrer différents types de données relatives aux sols urbains. Les informations ne se limitent pas aux résultats analytiques. Les métadonnées associées sont également importantes : localisation, profondeur, méthode de prélèvement, type d’analyse, limites de quantification, nature du sol, usage du terrain, conditions de préparation des échantillons, etc.
Ces informations sont indispensables pour permettre une interprétation fiable. Une concentration n’a pas la même signification selon la profondeur, la méthode d’extraction, le protocole analytique ou le contexte de prélèvement.
| Type de données | Exemples |
|---|---|
| Résultats d’analyses chimiques | Métaux, HAP, PCB, dioxines, furanes, PFAS et autres composés persistants |
| Paramètres agronomiques | Matière organique, perméabilité, carbonates, autres paramètres utiles à la connaissance des sols |
| Méthodes de terrain | Résultats issus de méthodes rapides, sous réserve d’identifier la méthode utilisée |
| Métadonnées de prélèvement | Localisation, profondeur, technique de sondage, nature des horizons, occupation du sol |
| Métadonnées analytiques | Préparation de l’échantillon, méthode d’extraction, laboratoire, limites de quantification |

Comment les résultats sont-ils exploités ?
Les données intégrées à BD SolU peuvent faire l’objet de traitements statistiques afin de produire des valeurs de fond. Ces traitements tiennent compte de la qualité et de la représentativité des données disponibles.
Les résultats peuvent être restitués sous forme de tableaux statistiques, de cartes de points de prélèvement, de boîtes à moustaches ou d’histogrammes. L’objectif est de fournir une lecture claire des gammes de valeurs observées pour une substance donnée, sur un territoire donné et pour une profondeur donnée.
Les données brutes déposées dans BD SolU ne sont pas directement accessibles au public. La restitution publique porte sur les résultats consolidés, notamment les fonds pédogéochimiques calculés à partir des données bancarisées.
Pourquoi ces référentiels sont utiles pour les diagnostics pollution des sols ?
Dans un diagnostic pollution des sols, l’un des enjeux majeurs consiste à déterminer si les teneurs mesurées sont liées à un impact spécifique du site étudié ou si elles correspondent à des valeurs habituellement observées dans le contexte urbain local.
Les référentiels issus de BD SolU peuvent donc contribuer à améliorer l’interprétation des résultats, sous réserve d’être utilisés avec discernement. Ils ne remplacent pas l’analyse du site, le schéma conceptuel, l’environnement local témoin ou les investigations adaptées, mais ils peuvent constituer un appui précieux pour qualifier certaines situations.
| Application | Apport du référentiel |
|---|---|
| Diagnostic de site potentiellement pollué | Comparer les résultats du site aux valeurs habituellement observées sur le territoire |
| Interprétation de l’état des milieux | Consolider l’analyse de l’environnement local témoin lorsque le référentiel est pertinent |
| Gestion des terres excavées | Identifier des compatibilités entre terres excavées et sites receveurs |
| Aménagement urbain | Orienter certains usages en fonction de la qualité chimique connue des sols |
Contenus détaillés
BD SolU remplace-t-elle un diagnostic pollution des sols ?
Non. BD SolU fournit des référentiels utiles pour comprendre les valeurs habituellement observées sur un territoire. Elle ne remplace pas une étude historique, une visite de site, un programme d’investigations, des prélèvements adaptés ou l’interprétation des résultats selon la méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués.
Pourquoi les sols urbains sont-ils souvent plus complexes à interpréter ?
Les sols urbains peuvent intégrer des remblais, des dépôts atmosphériques, des apports diffus liés au trafic, au chauffage, aux anciennes activités industrielles ou à des pratiques historiques. Ces influences peuvent générer des teneurs habituelles différentes de celles observées en milieu rural ou naturel.
Qu’est-ce qu’une anomalie anthropique ?
Une anomalie anthropique correspond à une teneur anormalement élevée liée à une activité humaine. Elle peut être ponctuelle, lorsqu’elle est associée à une source identifiable, ou diffuse lorsqu’elle résulte d’apports multiples et dispersés sur un territoire.
Pourquoi les métadonnées sont-elles aussi importantes que les résultats d’analyse ?
Une valeur analytique seule ne suffit pas toujours à interpréter correctement un résultat. Il faut connaître la profondeur, la méthode de prélèvement, la préparation de l’échantillon, la méthode d’analyse, les limites de quantification, l’usage du terrain et le contexte du prélèvement.
Accéder à BD SolU
Le portail BD SolU permet de consulter les valeurs de fond disponibles et, pour les contributeurs concernés, de déposer des données dans le cadre prévu avec le BRGM.
Site officiel BD SolU : https://bdsolu.fr/
Conclusion
La connaissance des sols urbains est appelée à jouer un rôle croissant dans les politiques d’aménagement, la gestion des friches, la valorisation des terres excavées et l’interprétation des diagnostics pollution des sols. Les référentiels produits à partir de données mutualisées peuvent aider à mieux distinguer ce qui relève du contexte habituel d’un territoire et ce qui peut traduire un impact spécifique.
BD SolU s’inscrit dans cette logique : améliorer la connaissance collective, préserver les données acquises, produire des référentiels exploitables et contribuer à une gestion plus raisonnée des sols urbains.
Pour un diagnostic pollution des sols, les valeurs de fond et les référentiels territoriaux sont des outils d’aide à l’interprétation. Ils doivent toujours être utilisés avec une analyse du contexte local, de l’historique du site, des usages, des milieux concernés et des objectifs de l’étude.
Voir la vidéo de présentation
Cette vidéo reprend les principaux éléments d’une présentation consacrée à BD SolU, aux fonds pédogéochimiques et à l’intérêt de ces référentiels pour la gestion des sols urbains :
Aller plus loin :
Les ressources suivantes permettent de compléter la compréhension de BD SolU, de ses référentiels et des bases de données utilisées pour structurer les informations relatives aux sols, au sous-sol, aux eaux souterraines et aux anciens sites industriels.






