Lors d’un diagnostic de pollution des sols, la nature du terrain rencontré joue un rôle essentiel. Remblais, limons, argiles, sables, graves, marnes, calcaires, craie ou roches de socle ne réagissent pas de la même manière face aux polluants. Ils influencent la migration des substances, la profondeur des investigations, la présence éventuelle d’eau souterraine, la représentativité des prélèvements et l’interprétation des résultats.
La France présente une grande diversité de sols et de contextes géologiques. Une étude de pollution ne peut donc pas être interprétée uniquement à partir de résultats analytiques : elle doit tenir compte de la géologie locale, de l’historique du site, des remblais éventuels, de la profondeur des prélèvements et des voies de transfert possibles.
Pourquoi la nature du sol est importante dans un diagnostic pollution ?
Un même polluant ne se comporte pas de la même façon dans un sol argileux, un sable perméable, une grave alluviale, une craie fissurée ou un remblai hétérogène. La texture, la perméabilité, la teneur en matière organique, la présence d’eau, la fracturation du sous-sol ou l’existence de remblais peuvent modifier fortement les voies de transfert.
Lors d’un diagnostic, l’objectif n’est donc pas seulement de savoir si une substance est présente. Il faut aussi comprendre dans quel matériau elle se trouve, à quelle profondeur, dans quel contexte géologique, et avec quelles possibilités de migration vers les eaux souterraines, les gaz du sol, les bâtiments, les terres excavées ou les milieux voisins.
| Type de sol ou matériau | Comportement général | Point d’attention en diagnostic pollution |
|---|---|---|
| Remblais | Très hétérogènes, parfois composés de terres, gravats, mâchefers, déchets, matériaux rapportés | Risque de pollution diffuse ou ponctuelle, forte variabilité entre deux sondages proches |
| Limons | Sols fins, souvent présents sur les plateaux et zones agricoles ou périurbaines | Peuvent retenir certains polluants et nécessitent une description précise des horizons |
| Argiles | Matériaux fins, peu perméables, parfois sensibles au retrait-gonflement | Migration plus lente, mais rétention possible des polluants ; difficultés de sondage selon l’état hydrique |
| Sables | Matériaux généralement plus perméables | Transfert plus rapide possible vers les eaux souterraines |
| Graves et alluvions | Matériaux grossiers associés aux vallées et anciennes terrasses alluviales | Présence possible de nappe peu profonde, migration latérale ou verticale facilitée |
| Marnes et calcaires | Alternance de niveaux plus ou moins perméables | Circulations d’eau parfois localisées, influence des fissures et discontinuités |
| Craie | Roche carbonatée poreuse et parfois fissurée | Attention aux transferts vers la nappe de la craie et aux circulations préférentielles |
| Granites, schistes, gneiss | Roches de socle, souvent recouvertes d’arènes ou de sols peu épais | Circulations possibles dans les fractures ; fonds géochimiques naturels variables |
Les grands contextes rencontrés en France métropolitaine
Les régions françaises ne présentent pas toutes les mêmes contextes de sols et de sous-sols. Les descriptions ci-dessous restent générales : un diagnostic sérieux doit toujours se fonder sur les données locales, les cartes géologiques, les bases de données publiques, la visite du site et les observations de terrain.
| Région | Sols et contextes fréquents | Points d’attention en diagnostic pollution |
|---|---|---|
| Hauts-de-France | Limons de plateau, craie, argiles, alluvions de vallées, remblais urbains et industriels | Nappe de la craie, anciennes activités industrielles, remblais et friches |
| Île-de-France | Remblais urbains, limons, argiles, marnes, calcaires, alluvions de la Seine, Marne et Oise | Forte hétérogénéité urbaine, terres excavées, gaz du sol, anciens sites industriels |
| Normandie | Craie, argiles à silex, limons, alluvions, sols littoraux, secteurs de socle à l’ouest | Transferts vers nappes, anciens sites portuaires ou industriels, remblais littoraux |
| Bretagne | Socle granitique et schisteux, arènes granitiques, sols acides, zones hydromorphes locales | Sols parfois peu épais, circulation dans fractures, fonds naturels en métaux à considérer |
| Pays de la Loire | Socle armoricain, alluvions de Loire, sables, limons, marais et remblais urbains | Nappes alluviales, remblais, anciennes activités artisanales, industrielles ou portuaires |
| Centre-Val de Loire | Calcaires et limons de Beauce, sables et argiles de Sologne, alluvions de Loire | Sols sableux ou argileux selon secteurs, vulnérabilité des nappes, terres excavées |
| Grand Est | Craie de Champagne, marnes et calcaires lorrains, grès, alluvions du Rhin, socle vosgien | Anciennes activités industrielles, sidérurgie, vallées alluviales, nappes sensibles |
| Bourgogne-Franche-Comté | Calcaires, marnes, argiles, alluvions de la Saône et du Doubs, reliefs jurassiens | Karst, fractures, transferts rapides possibles dans certains calcaires |
| Auvergne-Rhône-Alpes | Alluvions du Rhône, de la Saône et de l’Isère, moraines, roches alpines, terrains volcaniques | Hétérogénéité forte, vallées industrielles, nappes alluviales, sols volcaniques localisés |
| Nouvelle-Aquitaine | Sables des Landes, calcaires et argiles charentais, alluvions, socle du Limousin | Sables perméables, nappes superficielles, zones viticoles, anciennes activités industrielles |
| Occitanie | Molasses, argiles, alluvions de la Garonne et du Tarn, calcaires, schistes, granites, littoral sableux | Alluvions, anciens sites industriels, secteurs miniers, transferts vers nappes et cours d’eau |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | Calcaires, marnes, alluvions de la Durance et du Rhône, sols caillouteux, littoral urbanisé | Karst, vallées alluviales, anciens sites industriels, contraintes d’accès en zone urbaine dense |
| Corse | Granites, schistes, sols peu épais, colluvions, alluvions littorales | Relief, sols minces, ruissellement, contexte géologique local à vérifier précisément |

Les remblais : un cas fréquent en zone urbaine
Dans les diagnostics pollution réalisés en ville, en friche, dans des bâtiments industriels ou sur d’anciens sites d’activité, les remblais sont très fréquents. Ils peuvent être constitués de terres rapportées, de gravats, de briques, de bétons, de mâchefers, de scories, de déchets divers ou de matériaux mélangés.
Leur hétérogénéité impose une grande prudence. Deux sondages réalisés à quelques mètres d’écart peuvent rencontrer des matériaux très différents. Une interprétation fiable nécessite donc une description rigoureuse des horizons, des observations de terrain, des photographies, des profondeurs de prélèvement et des résultats analytiques.
Les remblais ne doivent pas être considérés comme un sol homogène. Leur origine, leur composition et leur profondeur conditionnent fortement la stratégie d’investigation et l’interprétation des résultats.
Les principales coupes de sol rencontrées
Les coupes suivantes sont des exemples simplifiés. Elles ne remplacent pas une coupe de sondage réelle, mais permettent de comprendre les grands contextes fréquemment rencontrés lors des investigations.
Coupe type 1 : ancien site urbain remblayé
| Profondeur indicative | Horizon rencontré | Enjeu pollution |
|---|---|---|
| 0 à 0,2 m | Dalle, enrobé, terre végétale ou revêtement | Accès au sol, gestion des matériaux de surface |
| 0,2 à 1,5 m | Remblais hétérogènes | Métaux, hydrocarbures, HAP, déchets, mâchefers éventuels |
| 1,5 m et plus | Terrain naturel : limons, argiles, sables ou marnes | Vérifier l’extension verticale de l’impact |
Coupe type 2 : vallée alluviale avec nappe peu profonde
| Profondeur indicative | Horizon rencontré | Enjeu pollution |
|---|---|---|
| 0 à 0,5 m | Terre végétale, remblais ou limons superficiels | Exposition directe, terres excavées |
| 0,5 à 2 m | Sables, graves ou alluvions | Migration facilitée des polluants mobiles |
| Variable | Nappe alluviale | Contrôle possible des eaux souterraines selon le contexte |
Coupe type 3 : plateau limoneux ou argileux
| Profondeur indicative | Horizon rencontré | Enjeu pollution |
|---|---|---|
| 0 à 0,3 m | Terre végétale ou horizon superficiel | Exposition directe, poussières, cultures ou jardins selon usage |
| 0,3 à 1,5 m | Limons ou argiles | Rétention possible, migration plus lente, prélèvements à adapter |
| Au-delà | Marnes, calcaires, craie ou autre substratum | Vérifier les discontinuités et la vulnérabilité de la nappe |
Coupe type 4 : socle granitique ou schisteux
| Profondeur indicative | Horizon rencontré | Enjeu pollution |
|---|---|---|
| 0 à 0,5 m | Sol superficiel parfois peu épais | Exposition directe et faible épaisseur de sol |
| 0,5 à 2 m | Arène granitique, altérites ou horizons schisteux altérés | Variabilité naturelle, circulation locale dans zones altérées |
| Au-delà | Roche saine ou fracturée | Transfert possible dans les fractures, selon le contexte hydrogéologique |
Ce que la géologie change dans l’interprétation des résultats
La géologie ne sert pas uniquement à décrire le terrain. Elle aide à comprendre la cohérence des résultats analytiques. Un impact limité à un remblai superficiel ne s’interprète pas de la même manière qu’un impact atteignant des sables perméables ou une nappe alluviale.
Dans certains contextes, des teneurs naturellement plus élevées en éléments métalliques peuvent également être liées au fond géochimique local. À l’inverse, des teneurs anormales dans des remblais ou à proximité d’anciennes activités peuvent révéler un apport anthropique. L’interprétation doit donc croiser les données chimiques, les observations de terrain, la coupe lithologique et l’historique du site.
Pourquoi les argiles sont-elles importantes ?
Les argiles peuvent limiter certains transferts verticaux, mais elles peuvent aussi retenir des polluants et rendre les sondages plus délicats selon leur humidité. Elles sont également concernées, dans de nombreux secteurs, par le phénomène de retrait-gonflement, qui relève d’un autre sujet mais rappelle l’importance de la nature du sol dans les projets immobiliers.
Pourquoi les sables et graves augmentent-ils les enjeux de transfert ?
Les sables et graves sont souvent plus perméables que les sols fins. Lorsqu’ils sont présents sous une zone impactée, ils peuvent faciliter la migration de certains polluants vers les eaux souterraines, notamment dans les vallées alluviales ou les secteurs où la nappe est peu profonde.
Pourquoi les remblais nécessitent-ils une vigilance particulière ?
Les remblais sont souvent hétérogènes. Ils peuvent contenir des matériaux naturels, des gravats, des déchets, des mâchefers ou des matériaux issus d’activités anciennes. Leur composition peut changer rapidement avec la profondeur ou la localisation. C’est pourquoi la description des sondages, les photographies et la localisation précise des prélèvements sont essentielles.
Conséquences pratiques
| Questions techniques | Pourquoi c’est important ? |
|---|---|
| Quelle est la nature des sols rencontrés ? | Elle influence la migration, la rétention et l’interprétation des polluants |
| Les matériaux sont-ils naturels ou remaniés ? | Un remblai peut contenir des matériaux pollués même sans pollution visible |
| La nappe est-elle proche ? | La présence d’eau souterraine peut modifier les enjeux de transfert |
| Les sols sont-ils perméables ou peu perméables ? | Cela influence la vitesse de migration et les milieux à investiguer |
| Existe-t-il des fractures, karsts ou discontinuités ? | Les transferts peuvent être rapides et localisés dans certains contextes géologiques |
| Les terres seront-elles excavées ? | La nature des matériaux conditionne la gestion, la valorisation ou l’évacuation |
Conclusion
Les diagnostics de pollution des sols ne peuvent pas être dissociés de la nature des terrains rencontrés. Remblais urbains, limons, argiles, sables, graves, calcaires, craie ou roches de socle présentent des comportements différents et des enjeux spécifiques.
La géologie locale, les coupes de sondage, la profondeur des prélèvements et l’historique du site sont indispensables pour interpréter correctement les résultats d’analyses. C’est cette approche globale qui permet de distinguer un fond naturel, un remblai impacté, une pollution ponctuelle, une migration vers les eaux souterraines ou une contrainte liée aux terres excavées.
Un diagnostic fiable repose sur une lecture croisée : historique du site, géologie locale, nature des sols, observations de terrain, prélèvements ciblés, analyses en laboratoire et interprétation technique des résultats.




