Bâtiment collectif test étancheité à l'air

La mise en œuvre de cette nouvelle réglementation thermique sera accompagnée de la création de nouveaux labels de haute performance énergétique délivrés aussi bien pour les constructions neuves que pour les bâtiments existants rénovés.

Comme l’a rappelé le ministre de l’écologie le 6 juillet dernier, elle sera applicable aux demandes de permis de construire déposées à compter du 1er juillet 2011 pour les bâtiments publics, les bâtiments privés du secteur tertiaire (ex. : bureaux, commerces, entrepôts, etc.) et les bâtiments situés dans les zones de rénovation urbaine (zones « ANRU »), et à compter du 1er janvier 2013 pour tous les bâtiments résidentiels. Les immeubles devront alors présenter une consommation d’énergie primaire moyenne inférieure à 50 kWh/m2/an pour être considérés comme des « bâtiments à basse consommation » (BBC). Pour mémoire, la moyenne nationale de consommation est de 250 (d’où la formulation de l’objectif « facteur 4 »), et les bâtiments neufs livrés aujourd’hui consomment pas moins de 150 kWh/m2/an.

Dans ce cadre, une bonne étanchéité à l’air de l’enveloppe est nécessaire.

Étanchéité à l’air dans les logements collectifs et les bâtiments tertiaires :
L’étanchéité à l’air consiste à empêcher les échanges d’air involontaires entre l’intérieur et l’extérieur d’un bâtiment. Elle ne doit pas contraindre la migration de la vapeur d’eau. L’étanchéité à la vapeur d’eau de la paroi dépend du système constructif utilisé. L’étanchéité à l’air du bâtiment ne concerne par uniquement l’enveloppe du bâtiment, mais également le réseau aéraulique assurant le renouvellement d’air, ce dernier point étant souvent oublié. Elle se réalise par la continuité d’une enveloppe étanche à l’air (film ou enduit d’étanchéité à l’air sur la face interne des murs) d’une paroi à l’autre, sans trous, fente ou interruption (maçonnerie, jonctions, fenêtres,…).
Un bâtiment, dont l’étanchéité à l’air est performante, et dont le renouvellement d’air est maîtrisé (par une VMC par exemple), sont deux éléments obligatoires pour atteindre les objectifs de qualité de l’air et de consommation énergétique.

Infiltromotrie batiments collectifs, flux d'air

Les unités utilisées :

> Le Q4pa_Surf (appelé parfois I4) représente le débit de fuite sous 4 Pascals de dépression par unité de surface déperditive (parois extérieures hors plancher bas). Il s’exprime en m3/h/m². Il est utilisé notamment pour la réglementation française RT 2005 et BBC-Effinergie.
• Q4pa_Surf = Vdot_4pa/ATbat en m3/h/m²
• Vdot_4pa = Débit de fuite sous 4 Pa, et ATbat = Surface déperditive2, hors plancher bas

> Le n50 représente le débit de fuite sous 50 Pascals par rapport au volume chauffé. Il s’exprime en vol/h. Il est utilisé notamment pour les labels Passiv Haus et Minergie P.
• n50 = Vdot_50pa/V en vol/h
• Vdot_50pa = Débit de fuite sous 50 Pa, et V = Volume chauffé

Le passage de Q4pa_Surf à n50 s’effectue selon une formule faisant intervenir l’écoulement de l’air et la compacité du bâtiment.

Bâtiment collectif étanchéité à l'air valeurs Q4 n50

Comment s’assurer d’une bonne étanchéité à l’air ?
après avoir défini les objectifs de l’étanchéité à l’air, la problématique pour le maître d’ouvrage est de s’assurer que tous les acteurs qui vont intervenir successivement à la réalisation du bâtiment parviennent à remplir les objectifs de l’étanchéité à l’air, objectifs transversaux aux différents lots.
Le retour d’expérience montre que la mise en oeuvre d’une démarche qualité est indispensable pour réussir l’étanchéité à l’air de l’enveloppe et des réseaux de ventilation. Cette démarche qualité doit couvrir toutes les phases du projet en respectant les étapes clés suivantes :

Exigences phase par phase :

1/ La programmation
Le maître d’ouvrage fixe le niveau de perméabilité souhaité et imposele contrôle de celle-ci par un test d’infiltrométrie. S’il ne sait quel niveau de performance demander, et qu’il souhaite obtenir une certification, il peut se reposer sur les exigences du label BBC-Effinergie.
D’autres cadres de labellisation peuvent être utilisés comme Minergie ou PassivHaus.
NB : Attention, le passage d’un niveau d’exigence BBC-Effinergie à PassivHaus (près de 4 fois plus exigeant) impose des contraintes significativement plus grandes sur les produits et leur mise en oeuvre.

2/ Le travail de l’équipe de maîtrise d’oeuvre
Tant que les acteurs ne se sont pas appropriés pleinement cette dimension de l’étanchéité à l’air, il est primordial d’en rappeler les enjeux et la responsabilité à l’équipe de maîtrise d’oeuvre. Le travail de l’équipe de conception, et de l’architecte en particulier, doit se faire en amont.
Il doit déboucher sur des carnets de détails et d’éléments de CCTP explicites, facilitant ainsi l’appropriation et l’exécution par les entreprises.
Diverses formations sont aujourd’hui dispensées.

3/ La sensibilisation / Formation des entreprises
Une première réunion préalable au démarrage du chantier avec l’équipe de maîtrise d’oeuvre sera l’occasion de rappeler la nécessité d’une bonne interface entre tous les acteurs du chantier et l’importance d’une sensibilisation/formation préalable des entreprises et un suivi de chantier rigoureux.
Des formations à destination des artisans sont actuellement mises en oeuvre par différents organismes, afin de sensibiliser un maximum de professionnels du bâtiment et peuvent être utilisées pour les acteurs d’un projet.

4/ La conception
C’est à la conception que les solutions d’étanchéité à l’air doivent être vues. Celles-ci ne peuvent en aucun cas être laissées aux seuls artisans chargés de l’exécution, encore moins si aucune réflexion n’a été engagée lors de la conception.
Les détails techniques des raccordements sensibles, par exemple la liaison mur/menuiseries – doivent être tous bien décrits et détaillés pour être pris en compte efficacement et éviter les risques d’infiltrations à ces endroits.
Par exemple, dès la phase Avant Projet Détaillé (APD), ne pas hésiter à demander à l’équipe de maîtrise d’oeuvre les détails constructifs des éléments traversant l’enveloppe chauffée du bâtiment.
A cette étape, il est notamment utile de se référer aux fiches des détails constructifs publiées par le CETE de Lyon pour 4 types de construction (Isolation par l’intérieur, isolation par l’extérieur, isolation répartie, structure bois). Ces fiches sont de véritables check-lists de bonne conception; elles doivent être adaptées au cas spécifique de chaque projet. Elles constituent l’outil indispensable pour une meilleure compréhension des solutions à mettre en oeuvre pour chaque cas particulier.

5/ Avant le chantier :
la sensibilisation des entreprises
Il faut s’assurer de l’organisation, par l’équipe de maîtrise d’oeuvre, d’une réunion de sensibilisation des entreprises avant le démarrage du chantier. Elle permet à minima de vérifier que les entreprises ont bien lu les CCAP/CCTP et que les limites de responsabilités sont claires. C’est un moment privilégié qui permet de rappeler les enjeux, les attendus et les points sur lesquels elles seront surveillées. Ceci également dans le
but d’établir une relation de confiance entre les entreprises et le maître d’oeuvre.
Cette réunion peut se faire en deux phases : une première où elles sont convoquées une par une, et une seconde où elles sont présentes ensemble afin de rappeler l’importance d’une bonne interface entre tous les acteurs du chantier pour la réalisation de cet objectif global.
C’est à l’occasion de ces réunions que les documents d’exécution, les carnets de détail, doivent être présentées et commentées entre les différents acteurs notamment pour clarifier les interfaces entre les entreprises (par exemple maçonnerie/menuiserie…), tant sur les exigences techniques que sur l’ordre d’intervention des artisans.
La remise d’un livret de sensibilisation expliquant les enjeux est également un bon exemple à retenir.

6/ La réalisation
Dans la continuité de la réunion de sensibilisation des entreprises en phase pré-chantier, la tenue d’une réunion de rappel, au démarrage du chantier, peut s’avérer nécessaire dans la mesure où les personnes présentes durant les phases de sensibilisation précédentes ne sont pas forcément celles qui seront présentes sur le chantier.
Par la suite, un suivi rigoureux du chantier, par l’équipe de maîtrise d’oeuvre, est une des clés principales de réussite. Ce suivi permet de s’assurer du respect des détails d’exécution élaborés en phase conception.
De même, une phase de « réception des interfaces » en présence des entreprises et de l’équipe de maîtrise d’oeuvre en charge de l’étanchéité à l’air peut être une bonne garantie de résultat.

7/ Vérifications / corrections / tests intermédiaires
Un test intermédiaire dès que le bâtiment ou une partie de celui-ci est hors d’eau/hors d’air, d’un premier logement témoin par exemple, avant pose du second oeuvre, est fortement conseillé. Il est l’occasion d’échanger sur la qualité de la réalisation de l’étanchéité à l’air avec l’ensemble des entreprises des lots concernés et permet de corriger les éventuelles erreurs avant les finitions.
Toutes les anomalies constatées au cours du test intermédiaire et, a fortiori, du test final de réception du bâtiment devront impérativement être reprises par les entreprises concernées. Ces points incontournables sont à spécifier très clairement dans les documents CCAP/CCTP pour éviter les risques de malentendus.
Cela implique également pour le maître d’ouvrage de devoir assumer certaines conséquences sur le planning de l’opération, en cas de malfaçons détectées trop tardivement.

8/ Test final / réception
L’ensemble des dispositions prises au cours du chantier – sensibilisation, étapes de contrôle intermédiaire, suivi régulier, participe à la réussite du test final d’étanchéité à l’air et, à défaut, à limiter les reprises à envisager. Les reprises sont de la responsabilité des entreprises comme indiqué au paragraphe précédent.
La levée des réserves ne doit se faire, dans le cas d’une labellisation, que lorsque le test final est réussi.

9/ Un manuel à l’attention des usagers du logement
La réalisation d’un manuel de sensibilisation lors de la transmission du logement à de nouveaux propriétaires/locataires permet de limiter les écarts de consommations par rapport aux valeurs théoriques/constatées par une mauvaise utilisation du logement. Leur sensibilisation à la problématique de l’étanchéité à l’air, afin d’éviter que les occupants ne percent une paroi par méconnaissance de cette qualité de leur logement, est un point important de ce manuel.
Les modèles pour ce type de document manquent encore, mais quelques exemples intéressants commencent à apparaître.

Télécharger le Guide « Bâtiment collectif étanchéité à l’air » à l’usage des Maître d’Ouvrage publié par l’ADEME

Télécharger l’article du CET Lyon « Etanchéité à l’air des bâtiments : un aspect incontournable pour les bâtiments à basse consommation d’énergie »

 

 

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